Violences urbaines : des cités en surchauffe

Violences urbaines : des cités en surchauffe

 


L’attaque de 4 policiers samedi dernier à Viry-Châtillon par une bande de criminels est extrêmement préoccupante à plusieurs titres.

D’une part, l’attaque n’a rien à voir avec une bande de « sauvageons » désireux d’occuper leur temps libre en jouant au chat et à la souris avec des représentants de l’État. Il s’agit bel et bien d’une attaque menée par des criminels agissant de manière préméditée et de manière très organisée. Ce harcèlement par des racailles ou voyous – le terme pour les qualifier n’a que très peu d’importance –, est pour ces policiers ou gendarmes une réalité quotidienne.


Cette réalité est violente : ces énergumènes veulent casser du « flic » et se dresser par là même contre l’autorité de l’État. Ils ont dépassé depuis bien longtemps les quelques tags mentionnant qu’ils veulent « niquer les BAC » ou les quelques voitures ou poubelles brûlées afin de démontrer leur détermination. Aujourd’hui et tout comme hier, ils sont passés dans des phases d’actions qui seront tout logiquement de plus en plus violentes et les prétextes ne manqueront pas pour justifier cette violence.

Dans cette attaque des forces de l’ordre aux cocktails Molotov qui a impliqué une trentaine d’individus selon différents témoignages, nous sommes clairement face à des individus qui sont plus que jamais décidés à défendre coûte que coûte leur territoire.

D’autre part, dans cette affaire, nous sommes une fois de plus dans la réaction. Il est certes tout à fait louable que des mesures soient prises par le gouvernement pour équiper les véhicules de police de dispositifs anti-caillassage, voire de blindage, pour les équipages évoluant dans des quartiers très sensibles ou bien encore que les tenues des policiers soient ignifugées. Il est tout aussi très important de mener des « réflexions » sur l’utilisation de caméras mobiles afin « de visualiser à distance les circonstances d’une intervention et les moyens à déployer en renfort le cas échéant ». Néanmoins, dans l’interstice de ces « réflexions », 4 policiers ont été blessés, dont un est toujours entre la vie et la mort.

Une fois encore, nous parlons de mesures de protection, sans pour autant chercher à traiter le fond du problème lui-même. Outre le fait que les forces de l’ordre ne peuvent plus pénétrer dans certains quartiers sans un déploiement de forces considérable et à 6 h du matin, sous risque d’être confrontés à une résistance certaine, nous en sommes arrivés à positionner des équipages de policiers afin de « protéger » un dispositif de vidéoprotection, comme cela a été le cas à Viry-Châtillon.

Une politique de l’autruche

Si certains de ces quartiers qui véritablement sous le joug de ces délinquants et criminels, nous ne pouvons oublier que de nombreuses familles vivent quotidiennement dans l’angoisse d’être confrontées d’une manière ou d’une autre à ces maîtres de la cité qui n’hésiteront pas à châtier celles et ceux qui oseraient se dresser contre eux. Aux côtés de ces voyous, il y a de nombreux autres jeunes gens qui vivent dans les mêmes quartiers et qui tous les jours essaient de se débattre pour étudier, trouver un travail et bâtir une vie digne. Nous ne parlons que très rarement de tous nos concitoyens qui vivent dans l’angoisse de rentrer ou sortir de chez eux de peur d’être confrontés à ces groupes qui n’ont que la violence qui coule dans leur veine. Nous ne parlons pas de ces mêmes habitants qui voient les soirs du 14 juillet, du 31 décembre ou pour tout autre prétexte leurs voitures flamber. Nous n’en parlons pas, car ce qui se passe dans ces quartiers périphériques doit rester dans ces mêmes quartiers.

Un désordre organisé

Sous un semblant de désordre, ces cités sensibles sont finalement bien structurées par les voyous qui les contrôlent et dont les actions ou réactions sont parfaitement préétablies.

Dans ces quartiers, il y a d’une part, les vrais caïds qui dirigent d’une main de fer leur territoire et mettent des « gifles » ou des « coups de calibre » à tous ceux qui jouent les mariolles avec les « flics », car « cramer » 4 « flics » comme à Viry-Châtillon n’est pas bon pour les affaires. En effet, des interpellations et des fouilles en profondeur de ces cités désorganisent totalement leurs marchés (déplacement de caches, réorganisation des réseaux de vente et de distribution, etc.).

D’autre part, il y a les mariolles qu’il est possible de classer en 2 catégories : les mariolles, les vrais, qui n’ont d’autre ambition que d’aller taper du flic, et les mariolles ambitieux. Cette seconde catégorie sait qu’en s’attaquant aux forces de l’ordre, ils généreront des réactions qui peuvent redistribuer les cartes, leur objectif étant de casser des pans entiers de marchés illicites et de territoires afin de se les approprier.

Enfin, il y a les « stratèges » qui pilotent ces jeunes à des fins politiques et idéologiques. Ces individus qui remontent ces jeunes comme des « coucous » les poussent à affronter des policiers dans des guets-apens parfaitement orchestrés afin d’atteindre des objectifs bien plus machiavéliques. Imaginez des violences urbaines de l’ampleur de celle de 2005 avec des attentats multiples et coordonnés. Imaginez que ces mêmes attentats n’aient pas lieu dans de grandes villes, mais dans des villes de moyenne importance ou pire encore dans des villages. Imaginez que cette France des banlieues aux multiples composantes se dresse les unes contre les autres entraînant des exactions de toutes sortes, etc.

Revoir notre politique carcérale

Face à de telles situations, nous pouvons toujours penser avec angélisme que la prison n’est pas forcément une réponse, comme l’a souligné Jean-Jacques Urvoas. Certes, la prison que nous connaissons – celle qui est surchargée, celle des deals, celle des téléphones portables, des posts sur Facebook ou des piscines gonflables en cellule (maison d’arrêt de Seysses, août 2016) ou celle où l’on gagne ses galons de petits caïds ou d’islamistes fraîchement moulus – n’est effectivement pas une réponse.

Mais, d’autres approches existent. Personnellement et comme des millions de Français, je n’ai absolument pas envie de goûter au monde carcéral. Alors, faisons en sorte que ces individus n’aient pas envie d’y faire un séjour qui serait synonyme pour eux d’un réveil à 6h du matin, de tenue réglementaire, de travail toute la journée, d’apprentissage, de règles de vie, de discipline, d’éducation, etc.

cités perduesNos cités perdues

Enfin, cette situation est très préoccupante, car un pays où une frange de sa population, aussi minime soit-elle, qui n’a plus peur d’affronter les autorités publiques de manière aussi brutale est un pays qui glisse lentement vers des situations qui peuvent devenir totalement incontrôlables. Pour certains de nos hommes politiques et hauts fonctionnaires, il est préférable de ne pas intervenir dans ces quartiers dits sensibles, car des actions en profondeur pourraient être autant de vecteurs d’émeutes, comme celles que nous avons notamment connues en 2005.

Le problème en matière de sécurité est que ne rien voir, ne rien dire et ne rien écouter n’est aucunement une solution.

Qu’il s’agisse de délinquance de droit commun ou de terrorisme, l’ultime degré de violence est pour ces personnages d’attaquer frontalement l’appareil étatique, que ce soit des institutions publiques, des représentants publics ou des forces de sécurité.

En 1981, suite aux violences urbaines qui avaient frappé Vénissieux et Rillieux-la-Pape dans la banlieue lyonnaise, le rapport Bonnemaison (1982) était intitulé « Face à la délinquance : prévention, répression, solidarité ». Je pense, hélas, que nous sommes encore très loin des vœux de Gilbert Bonnemaison, et ce qu’il s’agisse de la prévention, de la répression et bien plus encore de la solidarité.

Christophe Guilluy, dans son ouvrage La France périphérique, souligne que « l’insécurité et les violences urbaines se sont incrustées dans les zones urbaines sensibles sans pour autant créer de mouvement social sérieux ou dangereux pour le système ». Je rajouterai : « pour l’instant… »

Comprendre ne suffit plus

Aujourd’hui, il ne suffit plus d’écrire aux policiers, comme l’a fait Bernard Cazeneuve vendredi dernier, en précisant notamment « La colère et le malaise que vous exprimez résultent d’un quotidien dans lequel vous ne vous reconnaissez plus ».

Le problème en l’espèce est qu’il est toujours préférable d’être dans l’anticipation que de chercher à traiter les problèmes a posteriori.

À la décharge du ministre de l’Intérieur, les caillassages, les tirs de mortiers artisanaux contre les forces de l’ordre, les machines à laver ou réfrigérateurs jetés depuis les toits des barres d’immeubles sur des équipages des BAC, les trafics de stupéfiants et d’armes dans ces no man’s land, les voitures de police qui ne démarrent plus, les pleins d’essence des équipages de la police nationale financés par des mairies, les problèmes techniques en tout genre, etc. ne datent pas d’hier et très loin de là…

Les cités sont aujourd’hui en surchauffe. Il ne suffira que d’une étincelle pour qu’elles s’embrasent…

 

Si vous avez aimé cet article, faites-le savoir et partagez-le.


Pour vous protéger, n’hésitez pas à consulter nos solutions de


Partager sur les réseaux sociaux :

Abonnez-vous

Recevez une alerte par email à chacune de nos publications

    * En soumettant ce formulaire, j’accepte que les informations saisies soient utilisées pour m’alerter des nouvelles publications d’HAXXOM.
    J’accepte également de recevoir les offres commerciales et promotionnelles d’HAXXOM.
    Pour en savoir plus sur la gestion de vos données et vos droits, veuillez consulter notre Politique de Gestion des Données Personnelles.