Un risque majeur nommé Illusion

Un risque majeur nommé Illusion


En matière de management des risques, il est un risque majeur dont on ne parle que très peu, alors qu’il est très certainement celui ayant la criticité la plus élevée. Il ne fait pas partie des risques que nous pourrions considérer comme palpables, à l’image d’une intoxication alimentaire, d’un accident, d’un acte terroriste, d’un vol d’information, etc. À l’inverse, totalement immatériel, il déterminera à lui seul le niveau de gravité des risques identifiés et leurs probabilités d’occurrence.

Ce risque majeur n’est autre que l’illusion. Le Larousse définit l’illusion comme une appréciation conforme à ce que quelqu’un souhaite croire, mais fausse par rapport à la réalité. Il s’agit d’un effet obtenu par de l’artifice, du truquage, et qui crée le sentiment du réel et du vrai.


 

Illusion et illusionnistes

 Si l’on y regarde de plus près, cette illusion se trouve à tous les étages de notre société, de nos entreprises, de nos gouvernements. Elle peut être le fait d’une poignée de femmes et d’hommes ou être collective ; tout dépend de la force de conviction des illusionnistes.

Une crise majeure a toujours pour origine l’illusion : c’est elle qui incitera certains à minimiser les risques identifiés, leur gravité ainsi que leur probabilité d’occurrence.

C’est l’illusion qui a poussé certains hommes politiques à penser que la ligne Maginot en 1940 allait nous protéger de l’invasion allemande. C’est la capacité d’illusionnistes des Américains et des Britanniques qui a permis le débarquement sur les plages de Normandie alors que les Allemands pensaient voir les sauveurs de la France débarquer sur les plages calaisiennes. C’est la folie de l’homme et les illusions de tant d’autres qui ont permis que les États-Unis d’Amérique soient attaqués sur leur sol le 11 septembre 2001 alors qu’ils ne l’avaient pas été depuis la Seconde Guerre mondiale. C’est une illusion collective qui a permis à l’État islamique d’endosser le « statut » d’État en quelques années et de faire basculer le monde dans un chaos dont nous ne connaissons pas l’issue, malgré la fin de leur califat. C’est encore l’illusion qui a poussé nos dirigeants à penser que des bombardements en Syrie et en Irak mettraient fin à des groupuscules terroristes qui, sous le poids des bombes, ne font que basculer dans la clandestinité sans pour autant perdre une once de leur idéologie.

Entretenue de manières bien différentes, l’illusion peut se nourrir d’un manque d’analyse, de crédulité, mais aussi de mensonges plus ou moins savamment orchestrés.

L’illusion a pour objectif de laisser penser à une majorité silencieuse que les arbres grimpent bien jusqu’au ciel ou que nous pourrons toujours remporter des victoires importantes sans que les larmes et le sang ne coulent.

Regarder la réalité en face

Gérer des risques et des menaces demande de la lucidité et de l’objectivité et aucun filtre ne doit venir déformer la réalité. Plus que jamais, nous nous devons de regarder la réalité bien en face et de nous attaquer aux sources des problèmes. Pour ce faire, il faut être en mesure de comprendre et d’accepter nos erreurs et tout mettre en œuvre pour les corriger.

À titre d’exemple, pour combattre la radicalisation de type djihadiste, il y a deux solutions :

  • Investir toutes les zones les plus sensibles afin d’y apporter de l’éducation, de la citoyenneté, de l’égalité des chances, de l’amour, mais aussi de la fermeté quand cela est nécessaire.
  • Ou, comme nous l’avons fait, créer des centres de déradicalisation avec l’illusion que nous pourrons déraciner de jeunes gens dont le cerveau a été lavé par des prédicateurs tout droit issus des ténèbres. 

Nos illusions nous poussent à regarder le monde tel que nous voudrions qu’il soit et non tel qu’il est. Elles nous bercent et finissent même par nous hypnotiser.

L’illusion : une voie directe vers la catastrophe

La criticité d’un risque se mesure en multipliant la gravité potentielle par la probabilité d’occurrence. La juste mesure de la criticité d’un risque dépendra avant tout de notre capacité à apprécier un risque dans sa globalité, avec objectivité et sans se soucier de savoir si nous allons ou non être pris pour un pessimiste, qui n’est, rappelons-le, « qu’un optimiste bien informé ».

Être en mesure d’apprécier la criticité d’un risque, c’est avant toute chose briser ce miroir des illusions.

Nous aimerions tous que notre monde soit parfait et composé uniquement d’êtres humains bienveillants. Les plus grands illusionnistes cherchent justement à nous laisser penser que tout est sous contrôle, qu’il suffit de telle ou telle action pour changer les choses et pour diminuer la criticité d’un risque.

Le problème majeur de l’illusion, c’est qu’elle mène toujours, à plus ou moins brève échéance, à la catastrophe. Et, contrairement à l’illusion, la catastrophe est bien réelle et a toujours plusieurs expressions : humaine, sociale, financière, etc.

Ce risque majeur qu’est l’illusion a entraîné la faillite d’entreprises qui pensaient être invincibles (Kodak, Polaroid, Alcatel, etc.). L’illusion a aussi entraîné la chute de pays comme l’Argentine, la Thaïlande ou bien encore la Grèce pour ne citer que quelques exemples. Ces pays et leurs citoyens pâtiront encore longtemps de ces illusionnistes qui pensent bâtir des forteresses alors que, face à l’érosion du temps, ils ne bâtissent que des châteaux de cartes.

Qu’il s’agisse d’économie, de politique, de sûreté, de sécurité ou de défense, l’illusion est partout. Il est en effet toujours plus facile de se voiler la face que d’affronter une réalité parfois douloureuse et effrayante.

Illusion, quant tu nous tiens

Le temps qui passe est par ailleurs le meilleur allié de l’illusion.

Ce temps qui s’égrène jour après jour, semaine après semaine, mois après mois, année après année, sans aucune anicroche, renforce les illusions de celles et ceux qui en ont fait leur prêche quotidien.

Ce temps qui passe est un ennemi de taille, puisqu’il donne chaque jour un peu plus raison à ceux qui voient dans les spécialistes de la sûreté des personnes qui tiennent des discours anxiogènes et alarmistes. Pour toutes ces personnes plongées dans le déni, le temps qui passe diminue la probabilité d’occurrence d’un risque identifié. C’est aussi le temps qui permet à nos concitoyens de cicatriser des blessures physiques ou psychologiques qui peuvent être profondes.

Hélas, le temps passé ne changera en rien le niveau de criticité d’un risque identifié si les protagonistes à l’origine du risque ne l’ont pas décidé. Les actuaires en assurance ont pour habitude de dire qu’un risque identifié est un risque certain dans le temps. Les seules inconnues étant quand, où et avec quelle intensité.

Voltaire a écrit : « Un jour, tout sera bien, voilà notre espérance. Tout est bien aujourd’hui, voilà l’illusion. »

L’utopie, c’est penser que nous avons découvert le Graal en matière de sûreté qui nous protégera contre toutes sortes d’offensives. Celles et ceux qui ont décidé de nous attaquer et de semer le chaos commettront des erreurs, mais il est une certitude : ils s’adapteront au « terrain » qu’ils seront appelés à rencontrer et remporteront, hélas, encore bien des victoires.

L’illusion de la maîtrise des risques

L’illusion pousse certains à rechercher le risque zéro au travers de moyens techniques, technologiques ou humains, mais cette recherche est vaine. Du jour où il a pris vie, le risque, quelle que soit sa nature, est devenu immortel, tel un être vivant se régénérant sans cesse et capable de renaître de ses cendres. Inéluctablement, toutes les catastrophes sont suivies d’actions visant à réduire, voire annihiler, le risque originel.

Les attaques du 11 septembre 2001 ont été suivies de lois d’exception et de guerres. Ainsi, le 20 septembre 2001, George W. Bush déclarait devant le Congrès : « Notre guerre contre la terreur commence avec Al-Qaïda, mais elle ne se termine pas là. Elle ne se terminera que lorsque chaque groupe terroriste qui peut frapper partout dans le monde aura été repéré, arrêté et vaincu. » Pourtant, le monde en 2019 est-il plus sûr qu’en 2001 ?

Les attentats du 7 janvier 2015 ont quant à eux engendré des rassemblements sans précédent, des lois antiterroristes et l’annonce de la mise en œuvre de moyens supplémentaires, créant ainsi l’illusion que celles et ceux en charge de veiller à notre destinée maîtrisaient une situation inédite en France par son modus operandi et sa violence.

En matière de sûreté et de sécurité, le véritable problème est l’homme lui-même, car, sans limites, il est capable d’imaginer toutes sortes de scénarios afin de contourner les mesures mises en place.

Pensez que tout risque d’accident est écarté et l’homme finira par trouver un moyen de contourner les règles de sécurité jugées trop contraignantes. Contrôlez les flux bancaires et il fera transiter l’argent de pays en pays et de main en main jusqu’à ses destinataires. Surveillez les emails et il utilisera des messages codés sur papier qui transiteront eux aussi de main en main. Mettez sur écoute les communications téléphoniques et il utilisera des téléphones prépayés qu’il saura être totalement intraçables.

L’être malveillant surprend toujours parce qu’il réussit à emprunter des chemins très éloignés des codes moraux de leurs victimes.

Atténuer la criticité d’un risque, c’est être capable de trouver un juste équilibre entre la gravité du risque redouté et sa probabilité d’occurrence. Pensez avoir maîtrisé un risque et vous verrez un jour ou l’autre s’en matérialiser un nouveau encore bien plus effrayant.


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