Terrorisme : une tragédie qui ne fait que commencer

Terrorisme : une tragédie qui ne fait que commencer


Le point commun de tous les groupuscules terroristes islamistes sévissant dans le monde est de faire plier nos démocraties en semant la terreur par tous les moyens. Pour les plus ambitieux, il s’agit d’instaurer le Califat sur les terres de l’Islam et, pourquoi pas, bien au-delà. Dans ce but, ces terroristes mènent de véritables guerres dans bon nombre de pays du monde, tels que l’Irak, la Syrie, la Libye, le Mali, le Nigéria, la Somalie, etc.


 

Ces guerres ont toutes la particularité d’être asymétriques, à savoir que ces groupuscules qui affrontent des armées régulières font fi de toutes les « règles » régissant la guerre, le statut des prisonniers, etc. Pour ce faire, les attentats, les actions psychologiques en tout genre (décapitation, tortures, etc.) sont autant de moyens pour eux d’affaiblir leurs adversaires aussi bien physiquement que psychologiquement.

Au cœur même de nos démocraties, les tactiques des terroristes islamistes sont bien différentes, car ils n’ont pas de collines ou de territoires à conquérir, de puits de pétrole à contrôler… Non, leur seul objectif pour l’instant est de terroriser par tous les moyens. Ces actes de terreur peuvent être physiques au travers d’assassinats ciblés ou non, d’actions kamikazes, comme cela a été le cas à Saint-Quentin-Fallavier, et, de manière générale, au travers d’actions qui seront toujours plus « spectaculaires » et improbables pour le commun des mortels.

Pour ce faire, nul besoin d’être surentraînés ou surarmés ou de frapper une grande ville afin de s’assurer une couverture médiatique instantanée, car, contrairement aux années 90, nous sommes tous hyperconnectés. Aujourd’hui, il y aura toujours à coup sûr une personne à proximité du plus petit village de France qui disposera d’une caméra, d’un appareil photo sur son smartphone. Cette personne, en attendant l’arrivée des journalistes professionnels, pourra commenter aux chaînes d’infos et aux radios les faits qui se sont déroulés sous ses yeux ou plus simplement ce qu’il constate après coup.

Tactiquement, ces terroristes veulent aussi frapper sur un plan psychologique en marquant durablement les esprits, en faisant naître cette peur viscérale qui ne vous quitte plus, en dressant les communautés les unes contre les autres. Ils savent aussi qu’il y aura inéluctablement des effets de mimétisme et que, de facto, certains rejoindront les rangs de la terreur.

Deux catégories d’acteurs terroristes

Sur notre territoire, deux typologies de terroristes peuvent frapper.

Tout d’abord, il y a les terroristes aguerris qui peuvent revenir de zones de conflits, ou qui se seront « formés » avec plus ou moins de succès sur le territoire national ou encore qui, profitant des mouvements de réfugiés, s’infiltreront afin de commettre leur basse besogne. Dans tous les cas, ces terroristes bénéficieront pour le moins de soutiens financiers et logistiques, comme cela a été le cas pour les frères Kouachi, pour Coulibaly et plus récemment pour Sid Ahmed Ghlam. Ces terroristes auront préparé le plus minutieusement possible leurs actions et disposeront de tous les équipements leur permettant de faire le plus de victimes possible et de semer la terreur, car c’est bien de cela qu’il s’agit.

Une fois ces terroristes appréhendés ou neutralisés, nous apprendrons que certains d’entre eux faisaient l’objet d’une fiche S ou qu’ils avaient été fichés au grand banditisme ou pour de petits larcins, voire qu’ils étaient inconnus des services du Ministère de l’Intérieur. Des voix s’élèveront alors pour dire qu’ils ne comprennent pas comment les auteurs qui étaient connus des services de renseignement, de police ou de gendarmerie n’ont pas été mis sous surveillance. Pour répondre à cette question, nous allons procéder à un petit calcul. Pour surveiller le plus discrètement possible une personne et outre les moyens matériels (voitures, motos, scooters, matériels d’écoute), il faut au strict minimum 4 personnes opérationnelles à tout moment, de jour comme de nuit. Il faut en moyenne 5 personnes pour occuper un poste 24 heures sur 24 et 365 jours sur 365 en tenant compte des congés, etc., soit un effectif de 20 personnes pour une cible. Pour les individus les plus dangereux, il faudra au minimum doubler ces effectifs opérationnels (8 personnes) afin de constituer une équipe capable de faire face aux réactions hyperviolentes du suspect.

Ceci étant dit et sachant que le Premier Ministre Manuel Valls a estimé à 3 000 le nombre de personnes à risque en France, il faudrait 60 000 fonctionnaires ou militaires dûment formés à ce type d’opération et correctement équipés afin de pouvoir mener leur mission à bien. Même en ramenant à 1 500 le nombre d’individus les plus à risque, il serait totalement illusoire de penser que le Ministère de l’Intérieur va être dans la capacité de recruter ou former 30 000 fonctionnaires à ce genre de mission, et ce, même avec la meilleure des volontés. Dans les 3 000 individus à risque comptabilisés par les services du Premier Ministre, ne sont bien évidemment pas comptabilisées toutes les personnes qui passeront inévitablement sous le radar et qui se radicaliseront en prenant le plus grand soin de ne faire aucune « vague ».

La seconde catégorie de terroristes regroupe des « solitaires » désireux de marquer l’histoire funeste du terrorisme. Comme Yassin Salhi, ils ne se feront peu ou prou remarquer et ils fomenteront leurs actions dans leur cuisine ou salle à manger en élaborant l’action la plus machiavélique possible. Ils ne chercheront pas à gagner la capitale et se livreront à un terrorisme de « proximité ». Pour ce faire, ils analyseront les failles de leur environnement direct. Ils ne chercheront même pas à se procurer des armes automatiques, des explosifs ou gilets par balles, car ils n’ont pas les « réseaux » pour acquérir de tels matériels.

En élaborant leur plan sur coin de table, ils savent pertinemment au fond d’eux même que le facteur « chance » sera primordial afin qu’ils puissent réaliser en partie leur plan macabre. Pour eux aussi, leur seule volonté est de faire potentiellement le plus de victimes possible, en se sacrifiant dans tous les cas (mort ou arrestation). Leurs actions pourront être jugées comme mal préparées et aux frontières même de l’amateurisme. Mais peu importe, car leur objectif qui est de terroriser aura été atteint.

Une lutte de longue haleine

La lutte contre le terrorisme, qu’elle soit en France ou en dehors de nos frontières, sera de toute évidence une lutte de longue haleine. Ces deux catégories de terroristes se livrent et se livreront pour encore bien longtemps à une guerre totalement asymétrique qui n’aura de cesse de nous surprendre et de nous épouvanter.

Face à une telle situation, je ne suis pas certain que nous pourrons élever encore et encore, ici et là, le niveau de l’alerte terroriste et que la posture communicante de nos dirigeants ne suffise à stopper cette lame de fond. Je pense au contraire que nous devrions profiter de tous les moments d’accalmie pour nous préparer à mener une lutte qui sera longue, effrayante, traumatisante et très coûteuse sur tous les plans. Cette lutte ne prendra pas fin grâce aux efforts de nos diplomates, car la diplomatie ne fait pas partie de la stratégie des groupuscules islamistes, leur seule stratégie étant une stratégie de conquête. Nous ne signerons pas de traité de paix avec Daesh, Boko-Haram, AQMI, AQPA, Al-Shabaab, etc.

Notre société et le monde ont muté depuis de longues années. Et, dans certains cas, nous avons fermé les yeux en pensant que la misère ou la tyrannie au-delà de nos frontières ne nous concernaient pas ou qu’il s’agissait d’épiphénomènes ou bien encore que, grâce à quelques plans stratégiques exécutés dans l’ombre, les choses allaient s’arranger. Nous avons voulu forger de toute pièce des démocraties, faire tomber des dictateurs sans prendre en compte l’effet domino que de telles actions pouvaient entraîner. Nous avons voulu mener des guerres en menant des frappes aériennes « chirurgicales » afin de minimiser l’exposition de nos soldats. Nous avons dans certains cas commercé avec le diable pour servir nos intérêts économiques.

On nous parle de renforcement du plan Vigipirate, de loi sur le renseignement afin de faciliter la surveillance des personnes à risques… Mais, il ne s’agit plus de renforcer tel plan et de faire telle nouvelle loi, car il faut avant toute chose avoir les moyens de nos ambitions. Que ferons-nous si les attentats venaient à dépasser les frontières de l’Ile-de-France, de la région PACA et de la région Rhône-Alpes ? Le territoire national sera-t-il placé en plan Vigipirate alerte attentat, et avec quels moyens ? Combien de personnes va-t-il falloir recruter pour analyser les écoutes et déclencher de véritables mises sous surveillance ? On nous parle de cohésion européenne, alors que le PNR (Passenger Name Record) souhaité par le gouvernement français et certains pays européens n’a pas avancé d’un iota depuis les attentats du mois de janvier 2015 et plus généralement depuis 2003, date des premières discussions sur le sujet.

Certains ont pensé consciemment ou inconsciemment pendant de nombreuses années que nous échapperions aux actions kamikazes et autres décapitations sur notre sol. Et bien, cela n’est tragiquement plus le cas depuis le 26 juin 2015. Certains pensent peut-être encore que nous échapperons aux tueries de masse dans des centres commerciaux, des hôtels, dans une rame de TGV, sur une plage… Et bien, j’espère de tout cœur qu’ils ont raison, mais je pense qu’hélas, ils se trompent.

Détruire les vieux modèles

Face à une situation aussi gravissime que celle que nous connaissons, il va falloir que nos stratégies et tactiques en matière de sécurité intérieure et de défense soient revues de fond en comble. Mais pour ce faire, il va falloir analyser la situation à tous les niveaux, aussi bien sur le plan national que sur le plan international. Il ne s’agit pas de mettre en place de énièmes mesurettes sans prendre en compte tous les problèmes d’éducation des plus démunis, de civisme, d’immigration, de prévention et de répression, d’effectifs des forces de sécurité et de défense, de structures et d’infrastructures, de budget, etc.

Inéluctablement, si nous voulons faire face efficacement à ces défis, des dents grinceront, certains n’auront de cesse de parler d’atteinte aux libertés, etc. Mais il n’y aura pas de solutions miracles et l’angélisme, l’autosuggestion ne nous mettront pas à l’abri de cette terrible menace. Seules des actions fortes, profondes, efficaces et pérennes peuvent stopper cette terrible déferlante.

Enfin, l’heure n’est plus à la panique, car, si nous avions dû paniquer, cela fait bien longtemps que nous aurions dû le faire. L’heure est tout simplement à la réflexion, à la destruction des vieux modèles et à l’action afin de bâtir une société plus forte pour le bien de tous…


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