Sécurité publique, sécurité privée : l’union fait la force

Sécurité publique, sécurité privée : l’union fait la force


Trois Compagnies Républicaines de Sécurité (CRS) qui se mettent collectivement en arrêt-maladie, des militaires usés par un déploiement hors norme et par des repos et des rotations trop rares, un cadre juridique incertain pour les quelque 10 500 militaires déployés de l’« Opération sentinelle »… Voilà de manière très résumée le bilan des quelque trois mois du plan Vigipirate « alerte attentats » en Île-de-France et dans les Alpes Maritimes et « vigilance renforcée » pour le reste de la France.


Si les réactions de l’État en réponse aux tragiques attentats de Charlie Hebdo et de l’Hyper Casher de Vincennes sont indiscutables sur le fond, la forme peut l’être un peu plus.

En effet, la réaction du chef des armées, le Président de la République François Hollande, a été, pour protéger les nombreuses cibles potentielles, de déployer des militaires en armes, et ce dans des conditions similaires à une opération extérieure. Soit dit en passant, ces forces armées ne sont pas déployées sur le territoire français depuis quelques mois seulement, mais dans les faits depuis le mois de septembre 1995. Comme cela a été souligné à plusieurs reprises, ce déploiement de nos soldats sur le territoire national a lieu en dehors de tout état d’exception (à savoir l’état de siège, l’état d’urgence ou la défense opérationnelle du territoire).

Un dispositif impressionnant, mais efficace ?

De manière très pragmatique, les raisons d’un tel déploiement sont plus de rassurer la population que d’être véritablement nécessaires sur un plan opérationnel et tactique. En effet, si nous nous posons la question de savoir si un tel déploiement peut empêcher une action terroriste sur notre territoire, la réponse est hélas non, et ce pour plusieurs raisons.

La toute première raison est que, pour empêcher une action terroriste de se matérialiser, il faut miser avant toute chose sur la prévention. Pour ce faire, seuls les services de renseignements intérieurs (DGSI) et extérieurs (DGSE) peuvent être à même de détecter et de neutraliser d’éventuels candidats au djihad sur notre territoire. À défaut d’être détectés et stoppés de manière préventive, ces terroristes passeront à l’action. Bien entendu, avant de passer à l’action, ces terroristes auront étudié leurs cibles et intégré dans leur schéma tactique les soldats ou policiers en faction. Dans tous les cas, ces terroristes auront toujours un avantage de taille, et cet avantage s’appelle l’effet de surprise.

La deuxième raison n’est pas des moindres, car si le gouvernement a choisi de protéger en priorité certaines cibles, l’État ne peut et ne pourra jamais protéger toutes les cibles potentielles. Vous pouvez être assurés qu’elles sont très nombreuses.

La question de savoir si d’autres actions terroristes auront lieu sur notre territoire ne se pose même plus. Il y aura de manière certaine d’autres actions terroristes. Les inconnues sont : quand, de quelle manière et avec quelle intensité.

Si demain les impacts humains venaient à être 2 fois, 10 fois, 1 000 fois supérieurs aux attentats du mois de janvier 2015, que ferait alors l’État français ? Mettre 2, 3, 4, fois plus de soldats dans les rues, faire des check-point, etc. ?

Rassurer n’est pas protéger

Je me suis rendu très récemment au siège de l’une des 6 premières chaînes de télévision françaises. Devant l’entrée principale, il y avait en faction un CRS, un fourgon de CRS avec un CRS en pause, 3 agents de sécurité équipés de gilet par balle, et à l’intérieur au niveau de l’accueil, un autre agent de sécurité, sans compter les agents certainement déployés aux entrées annexes.

Certes, ce dispositif est impressionnant. Mais la réelle question à se poser est de savoir si un tel dispositif serait réellement efficace face à une attaque organisée. Ma réponse est là aussi non.

Face à un tel dispositif, je me suis empressé de demander à mon interlocuteur qui occupe un poste au comité de direction de cette chaîne de télévision, s’il pensait réellement qu’un tel dispositif pouvait être efficace. Sans hésiter, sa réponse a été que non, tout en me précisant que tout devait être mis en œuvre pour rassurer toutes les parties prenantes.

Rassurer. Voilà un mot qui personnellement m’effraie, car le but d’une stratégie de sécurité/protection n’est pas de rassurer, mais d’être efficace.

Comment des agents de sécurité équipés de gilets par balles et sans arme pourraient-ils être efficaces ? Comment un CRS armé, mais sans aucun moyen de se protéger en cas d’ouverture du feu, pourrait-il être efficace ? Comment des militaires armés d’un fusil d’assaut de type FAMAS de calibre 5,56 mm x 45 mm OTAN pourraient-ils être efficaces dans une gare bondée ou dans un centre commercial, sans causer dans leur riposte des dommages collatéraux ? Quel serait le statut juridique d’un militaire qui ferait usage de son arme sans que pour autant toutes les conditions de la légitime défense (art. 122-5 du Code pénal) soient totalement respectées ?

La nécessité d’anticiper et de faire tomber les tabous

Face à une telle situation sur le plan de la sécurité intérieure, je suis personnellement convaincu qu’il est plus que jamais nécessaire de ne plus chercher à simplement rassurer, mais à être efficace sur le très long terme. Pour être efficace, il va falloir que non seulement nous développions une véritable capacité d’anticipation, mais aussi que nous fassions tomber certains tabous.

L’anticipation est un facteur clef de succès en matière de lutte contre l’insécurité, et ce quelles que soient ses formes. L’anticipation doit permettre d’envisager l’inenvisageable, l’anticipation doit permettre de contrer certaines actions, l’anticipation doit également, entre autres choses, avoir un côté dissuasif. Un État, une entreprise, une collectivité qui développe une véritable culture de l’anticipation et qui le fait savoir devient fort. Anticiper permet aussi de ne jamais tomber dans la sur-réaction, car il existe un scénario pour toutes les situations. Dans tous les cas, l’anticipation mène à la prévention qui, elle-même, mène à la protection, à la répression et à la réinsertion si possible. Sans anticipation, prévention, protection, répression et réinsertion ne resteront que de vagues termes qui seront utilisés ici et là, mais sans réel impact.

Pour refondre en profondeur notre approche en matière de sécurité publique, les tabous sont nombreux à faire tomber.

S’affranchir du premier d’entre eux, entretenu depuis septembre 1995, consiste à comprendre que la place de nos militaires n’est pas d’être en faction devant des sites sensibles ou d’effectuer des rondes dans des halls de gare ou d’aéroports.

Faire tomber le second tabou nécessite de reconnaître que, pour être efficaces, les forces assurant la sécurité publique n’ont pas toujours besoin d’être visibles. Et je dirai même bien au contraire.

Enfin, lever le troisième tabou induit d’admettre que, dans la lutte en matière de sécurité publique, l’État devra s’appuyer sur toutes les ressources, qu’elles soient publiques ou privées.

Des sociétés privées au service de la sécurité publique

Concernant ce troisième point, je vais essayer d’étayer un peu ma pensée.

En matière d’encadrement des activités de sécurité privée, il est possible de distinguer 2 grandes périodes. Il y a eu la phase 1 avec la promulgation de la loi du 12 juillet 1983 qui est venue encadrer les activités des sociétés privées de sécurité et de gardiennage. Puis, il y a eu plus récemment la phase 2 avec l’intégration de cette loi dans le livre VI du code de la sécurité intérieure par l’ordonnance n° 2012-351 du 12 mars 2012 et la création de la Délégation Interministérielle à la sécurité privée en 2010 ainsi que du Conseil National des Activités Privées de Sécurité en 2011. De facto, l’intégration de la loi du 12 juillet 1983 au code de la sécurité intérieure entraîne indirectement une participation des entreprises de sécurité privée à la mission régalienne de sécurité.

Il ne fait aucun doute qu’il y aura d’autres phases qui encadreront encore plus les sociétés privées de sécurité et qui permettront à ces sociétés d’être « engagées » dans des missions contribuant encore plus qu’aujourd’hui à la sécurité publique.

Dans les années à venir, il est inéluctable, voire nécessaire, que les sociétés de sécurité privée puissent jouer un rôle encore bien plus important dans les missions régaliennes de l’État. Ces missions pourront prendre la forme de missions de surveillance statique ou sur la voie publique, de missions d’escorte de certaines personnalités, de surveillance d’ambassades ou de lieux sensibles.

Ces missions qui sont aujourd’hui assurées par des fonctionnaires ou des militaires pourront demain être assurées par des agents du secteur privé, à la condition sine qua non que les liens entre les forces de sécurité publique et privée soient très fortement structurés.

Outre un engagement des fonctionnaires et militaires à des missions plus stratégiques, une telle organisation permettra aussi au gouvernement de pouvoir monter rapidement en puissance en créant, par exemple, une réserve d’agents de sécurité privée avec des hommes et des femmes qui pourraient être « mobilisables » en cas d’événement grave.

D’un point de vue budgétaire, une telle approche sera également beaucoup plus flexible et aussi indispensable à une parfaite gestion des deniers de l’État.

Pour arriver à un tel résultat, la route est encore longue, car le législateur devra définir de manière encore plus drastique les conditions de recrutement, de formation, de communication, et d’encadrement de ces agents de sécurité privée. Leur statut juridique devra également évoluer afin que les peines encourues en cas d’agression soient suffisamment dissuasives.

Ces agents de sécurité privée devront devenir de facto de véritables auxiliaires du ministère de l’Intérieur. Pour ce faire, les tenues de ces agents devront être revues afin d’être identiques, ne laissant plus apparaître qu’un logo de la société sur chaque tenue. Une telle approche jouera plus sur le plan psychologique que sur le plan tactique, car la force d’une telle approche viendra de l’effet d’unité qui pourra être créé.

Enfin, se posera obligatoirement la question de l’armement létal et non létal de ces agents. En effet, si un agent en faction dans une bijouterie, un lieu sensible ou dans une entreprise sensible peut constituer un obstacle pour certains, il ne l’est certainement pas pour beaucoup d’autres. Si la vocation première des agents de sécurité privée devra toujours être de surveiller, détecter et alerter, il est des cas où ces agents devront être en mesure de se protéger ou de protéger autrui.

S’unir face à la menace terroriste

Hélas, nous n’avons eu au mois de janvier 2015 qu’un petit aperçu du déchaînement de violence qui pourrait s’abattre sur la France, l’Europe et plus généralement sur le monde. Des mesures fortes et structurantes doivent être prises afin d’aller encore plus loin pour dissuader ou tout du moins complexifier la tâche de ceux qui veulent nous frapper. Un tel objectif ne pourra être atteint qu’en unissant toutes les forces de sécurité de notre pays vers un objectif commun.

La réponse à un tel challenge ne se trouve pas uniquement dans telle ou telle loi sur le renseignement, dans tel ou tel déploiement de soldats au pied levé, ou bien encore dans telle ou telle augmentation à moyen terme des effectifs. Non, la réponse est bien plus complexe que cela et passera par une refonte totale de notre vision stratégique et tactique en matière de sécurité publique.

 

Chiffres-clés

En France, le nombre de personnes occupant un poste dans le domaine de la sécurité privée est d’environ 160 000 et le CNAPS recense plus de 6 000 entreprises.

À titre de comparaison, les effectifs de la police nationale sont d’environ 145 000 fonctionnaires et les effectifs de gendarmerie sont d’environ 98 000 militaires et civils. Enfin, on compte environ 20 000 policiers municipaux recensés dans 4 349 communes.

 

 


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