Mesures de sûreté : L’émotion et la surenchère ne portent pas conseil…

Mesures de sûreté : L’émotion et la surenchère ne portent pas conseil…


10 jours après les évènements dramatiques qui nous ont frappés en plein cœur, l’émotion reste à son comble. Et elle sera encore présente pendant de longues semaines, de longs mois, de longues années. Néanmoins, comme nous allons le voir, l’émotion est toujours une très mauvaise conseillère en matière de sécurité/sûreté.


 

Bien naturellement, dans un tel contexte d’horreur et d’anxiété, nombreuses sont les personnalités politiques qui veulent apporter leurs pierres à l’édifice sécuritaire si important pour nos concitoyens et nos entreprises ; nombreux sont celles et ceux qui voudraient voir mettre en place de nouvelles mesures pour empêcher que de tels actes de barbarie ne se reproduisent un jour.

Dans un tel émoi, très peu de personnes s’interrogent véritablement sur le fait de savoir, d’une part, si ces mesures permettront de rehausser réellement le niveau de sûreté et, d’autre part, si les mesures proposées sont réalisables et viables sur le long terme.

À la recherche du risque zéro

Si la plupart de nos concitoyens sont aujourd’hui parfaitement conscients que le risque zéro n’existe pas, il ne faut surtout pas leur laisser penser que telles ou telles mesures de sûreté permettraient de s’en approcher.

La guerre contre le terrorisme que notre pays mène actuellement, augmente de facto et de manière très importante les probabilités d’occurrence de voir des actes terroristes de toutes natures se matérialiser, que ce soit en dehors de nos frontières ou à l’intérieur de celles-ci.

Dans ce contexte difficile, nous devons pleinement comprendre qu’il sera à jamais impossible de sécuriser l’intégralité de notre pays, et cela, même en installant des portiques de sécurité ou des X-rays dans les écoles ou les gares (cf. mon article « Terrorisme : quelles mesures pour protéger les gares ? »), ou en créant des « centres d’internement » pour les personnes fichées S ou en équipant ces mêmes individus de bracelets électroniques, ou bien encore en équipant les crèches et les établissements scolaires de sas de sécurité…

Se poser les bonnes questions

En matière de gestion des risques et menaces, il est avant tout primordial de se poser les bonnes questions, et notamment les suivantes :

  • Les mesures que je vais mettre en œuvre permettront-elles de réduire considérablement, voire annihiler les risques et menaces ?
  • Les mesures envisagées peuvent-elles être mises en œuvre dans un délai rapide ?
  • Les coûts financiers de leur déploiement sont-ils supportables à court, moyen et long terme ?
  • Les risques et menaces identifiés ne peuvent-ils pas se déporter sur une ou plusieurs autres cibles?
  • Les mesures que je vais mettre en place auront-elles des impacts importants sur la gestion des flux humains, produits, marchandises, etc. ?
  • Les moyens matériels et humains que j’envisage sont-ils « disponibles » afin de répondre à mes besoins ?
  • Etc.

Prenons l’exemple qui concerne l’installation dans les écoles de portiques de détection de masse métallique – que nous nommerons pour cette démonstration portiques de sécurité.

Si la protection de nos enfants est sans nul doute la priorité de tous les parents dont je fais partie, il est primordial d’être très pragmatique en se posant les bonnes questions.

La toute première question à se poser est : Un tel dispositif permettra-t-il d’accroître de manière importante la sécurité de nos écoles et par conséquent celle de nos enfants ?

Hélas, la réponse à une telle question est non, et ce pour plusieurs raisons :

  1. Ce n’est pas l’installation de portiques de sécurité qui permettra de stopper dans un établissement scolaire la progression de terroristes prêts à abattre tout ceux qui se mettraient sur leur route.
  2. Ce n’est pas la présence de tels portiques qui empêchera des terroristes d’agir depuis l’extérieur de l’établissement au moment des heures d’entrées et de sorties des écoles.
  3. Ce n’est pas la présence de tels portiques qui empêchera des terroristes de s’engouffrer dans des bus de ramassages scolaires.
  4. Ce n’est pas la présence de tels portiques qui empêchera un ou des groupes d’enfants d’être pris pour cible lors de sorties scolaires.
  5. Etc.

En lien direct et indirect avec de telles installations, les questions suivantes se poseront également :

  • Qui serait en charge d’assurer les contrôles : les personnels enseignants, les personnels administratifs, des agents de sécurité ?
  • Quelles seraient les modalités de formation de ces personnes ?
  • Quelles seraient les modalités d’entretien et de back-up de ces matériels ?
  • Quelles seraient les procédures et consignes en cas de détection métallique ?
  • Quelles seraient les mesures prises afin de s’assurer de la parfaite moralité de tous les personnels enseignants et administratifs ?
  • Quelles mesures seraient prises afin de contrôler la moralité de tous les fournisseurs et intervenants au sein des établissements scolaires ou des crèches ?
  • Quelles mesures seraient prises pour sécuriser les gymnases, les stades, les piscines… ?
  • Quelles mesures seraient prises pour sécuriser les bibliothèques et autres centres culturels ?
  • Quelles mesures seraient prises pour sécuriser les facultés, et plus généralement tous les établissements d’enseignement supérieur?
  • Mais aussi, quelles mesures seraient prises pour sécuriser, les hôpitaux, les clubs de vacances, les centres commerciaux, les stations-service, les métros…?
  • Quel budget serait nécessaire et pour quel résultat concret ?
  • Etc.

Sans compter que pour être véritablement efficace, la sécurisation des « espaces publics » au sens large doit être uniforme sur l’ensemble de territoire (36 000 communes). En effet, il ne serait être question que de grandes villes puissent prendre des mesures alors que d’autres seraient totalement démunies faute de budget, étant entendu que les terroristes chercheront principalement à frapper les zones les moins protégées à Paris, mais aussi sur l’ensemble du territoire.

Dans le cas qui nous intéresse, la protection de 12 300 000 élèves et de 64 000 écoles et établissements du second degré n’est et ne sera pas une démarche aisée. C’est notamment pour cela que les mesures de sûreté proposées doivent être réalistes.

Prenons un autre exemple : l’opération Sentinelle, à savoir le déploiement de 10 000 soldats en Île-de-France au lendemain des attentats du mois de janvier 2015.

Si, sur le fond, un tel déploiement est louable et assure une présence rassurante pour nombre de nos concitoyens, nous pouvons nous interroger sur plusieurs points.

Le premier point est qu’aujourd’hui nous avons la certitude que la mobilisation de ces effectifs n’a, hélas, nullement empêché que les attentats les plus meurtriers que notre pays ait connus puissent se matérialiser.

Le second point concerne notre capacité d’anticipation. Il est entendu que le gouvernement s’est posé de nombreuses questions concernant les mesures de sûreté à déployer face aux menaces identifiées, telles que les zones sensibles à protéger, la survenance d’attentats multiples, etc. Néanmoins, en matière d’anticipation, il est tout aussi important de se poser les bonnes questions que d’identifier les bonnes réponses.

Aujourd’hui, le seul objectif doit être de s’assurer que nous ne reproduirons pas les mêmes erreurs et, surtout, que nous saurons agir avec rapidité et efficacité. Car, dans cette lutte contre le terrorisme, nous avons un ennemi de taille et cet ennemi est le temps.

L’homme au cœur des dispositifs

Pour assurer la sécurité intérieure de notre pays, nous devons plus que jamais être conscients que les hommes constituent le cœur même de notre dispositif de lutte contre le terrorisme. Néanmoins, il serait totalement illusoire de penser que ces femmes et hommes seront efficients sans s’assurer qu’ils sont correctement utilisés et déployés.

Pour ce faire, il est primordial de répondre très rapidement aux nombreuses questions suivantes :

  • Quelle efficacité des gardes statiques opérées par des militaires ou des fonctionnaires versus des sociétés de sécurité privée?
  • Quels armement et statut possibles des agents de sécurité privée ?
  • Quel redéploiement des effectifs de sécurité étatique à Paris et sur le territoire ?
  • Quelles mesures mettre en œuvre afin d’accélérer les recrutements et les formations au sein des ministères de l’Intérieur, de la Justice et de la Défense ?
  • Etc.

Si dans la lutte contre le terrorisme, les aspects législatifs et techniques sont primordiaux, nous devons aussi nous assurer que les effectifs sont réellement suffisants afin de traiter tous les sujets (sécurité publique, analyse du renseignement, filatures, infiltrations, etc.). Face aux défis qui nous attendent, il ne fait selon moi aucun doute que ces effectifs sont totalement sous-évalués, et ce malgré la création des 5 000 postes supplémentaires.

Protection des entreprises

A contrario, en matière de sécurité des entreprises, les moyens humains n’apporteront en l’état actuel de la législation qu’une réponse parcellaire à la problématique de protection contre le terrorisme.

S’il est primordial que des agents de sécurité puissent gérer les flux humains dans les lieux recevant du public (ouverture des sacs, palpations, surveillance vidéo), il est totalement illusoire de renforcer les dispositifs outre mesure dans les zones administratives des entreprises.

En effet, la présence d’un agent, de deux agents ou de plusieurs agents de sécurité n’empêchera en rien des terroristes de mener à bien leur « mission » si telle est leur volonté. L’aspect « dissuasif » n’aura aucun effet face à des personnes qui ont développé une telle haine de l’autre. En l’espèce, la présence d’agents de sécurité (non armés) ne constituera pour des terroristes au pire qu’un « petit obstacle », mais en aucun cas un frein.

Comme je l’ai déjà précisé dans un précédent article, la meilleure des protections pour les entreprises est déjà de respecter au plus près les procédures et consignes de sûreté en vigueur et de s’assurer du bon état de fonctionnement des différents dispositifs de sûreté mécaniques et électroniques. (cf. « Attentats – Quelques conseils de prévention et de protection »).

Surenchères

Si l’émotion est une mauvaise conseillère, c’est également le cas de la surenchère.

Sécuriser une gare, une école, une université, tout autre lieu public, ou bien encore une entreprise ne peut en aucun prendre forme au travers de « surenchères » dans le seul but de « rassurer » une population ou des collaborateurs.

Toutes les mesures de sûreté prises doivent être efficaces face aux menaces identifiées, car nos adversaires chercheront et trouveront de manière systématique le/les points vulnérables afin de nous frapper.

Cette guerre contre le terrorisme sera sans nul doute longue, voire très longue. Ce n’est qu’en changeant nos approches stratégiques et tactiques en matière de sécurité/sûreté générale que nous pourrons envisager de protéger efficacement notre territoire et tous nos concitoyens.


Pour vous protéger, n’hésitez pas à consulter nos solutions de


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