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Gestion de l’ordre public et « syndrome Malik Oussekine »

22/03/2019 par Jean-Jacques RICHARD

 

Gilets jaunes Fouquet's en feuRien ne peut légitimer les scènes de violence extrême auxquelles nous assistons depuis plusieurs mois maintenant, et certainement pas l’idée soutenue par certains que, sans casse, les parties prenantes ne seraient pas entendues.

Au gré des semaines, et malgré des dispositifs de force de l’ordre très importants, les débordements sont de plus en plus considérables, laissant penser aux complotistes que le gouvernement laisse faire afin de justifier des mesures de plus en plus sécuritaires et à d’autres, que ce même gouvernement est tout simplement incapable de gérer de telles situations.

La réalité est un peu plus complexe que les 2 approches ci-dessus. En effet, ce gouvernement, comme ceux qui l’ont précédé, souhaite avant toute chose éviter qu’un ou plusieurs protagonistes (manifestants/casseurs ou membres des forces de l’ordre) ne soient tués dans les affrontements visant à faire stopper des exactions de toutes sortes.

 

Le syndrome Malik Oussekine

 

En matière de gestion de l’ordre public, tous les cadres du ministère de l’Intérieur et membres du gouvernement sont sans aucun doute atteints par le « syndrome Malik Oussekine ».

Dans la nuit du 5 au 6 décembre 1986, alors que le Quartier latin gronde sous la mobilisation d’étudiants qui se dressent contre le projet de loi Devaquet sur la réforme des universités, deux fonctionnaires – « des voltigeurs » – du ministère de l’Intérieur « fauchent » la vie rue Monsieur-le-Prince à Paris d’un jeune étudiant de 22 ans, Malik Oussekine, dont le seul tort aura été d’être au mauvais endroit au mauvais moment.

Les 2 fonctionnaires de police directement impliqués dans le décès de Malik Oussekine seront condamnés à 5 et 2 ans de prison avec sursis au motif de « coups et blessures ayant entraîné la mort sans intention de la donner ».

En octobre 2014, c’est le jeune militant écologiste Rémy Fraisse qui est tué accidentellement par un tir de grenade offensive (OF F1) au barrage de Sivens. Au moment de ce tragique accident, Rémy Fraisse se trouvait au milieu de casseurs qui affrontaient de manière très violente les gendarmes mobiles. L’avocat du gendarme qui a lancé la grenade indiquera pendant le procès : « Nous sommes convaincus que Rémi Fraisse était pacifiste, mais il se trouvait à cet instant-là au milieu de casseurs armés ».

Pour certains, les décès de Malik Oussekine et de Rémy Fraisse deviennent le symbole des violences policières. Depuis, ces deux tragiques accidents hantent les couloirs de la préfecture de police de Paris et ceux du ministère de l’Intérieur.

Le décès de Malik Oussekine entraînera de nombreux changements dans la doctrine en matière de maintien de l’ordre, avec pour objectifs principaux de contenir les violences et éviter dans la mesure du possible les contacts physiques avec les manifestants/casseurs les plus virulents afin qu’aucun nouveau drame ne survienne.

 

Un mouvement incontrôlable

 

En matière de maintien de l’ordre, les gilets jaunes sont venus totalement perturber la doctrine du ministère de l’Intérieur, car ce mouvement sans leader officiel, sans service d’ordre, sans déclaration de manifestation préalable en préfecture, est complètement incontrôlable.

Ce mouvement social d’un nouveau genre, sur lequel se greffent de manière systématique des extrémistes de tout bord, ne suit aucun « code » : là où le ministère de l’Intérieur a des interlocuteurs avec les organisations syndicales, il n’en a aucun ; là où les parcours peuvent être balisés, ce n’est pas le cas ; là où les services d’ordre canalisent et maîtrisent généralement les manifestants les plus durs, les participants aux rassemblements des gilets jaunes se transforment en spectateurs, voire en supporters des casseurs.

 

L’après 16 mars 2019 sur les Champs-Élysées

 

D’un avis général, l’acte XVIII des gilets des jaunes sur les Champs-Élysées le 16 mars a été un échec total en matière de maintien de l’ordre public, entraînant le limogeage du préfet de police de Paris (Michel Delpuech), de son directeur de cabinet (Pierre Gaudin)ainsi que du directeur de la sécurité de proximité de l’agglomération parisienne (DSPAP – Frédéric Dupuch).

Face à la gestion des plus chaotique de l’acte XVIII, c’est le 1erministre Édouard Philippe lui-même qui est monté au front le 18 mars pour annoncer une série de mesures : emploi de marqueurs chimiques et de drones, interdiction des manifestations dans les quartiers les plus touchés, plus grande autonomie des forces de l’ordre sur le terrain, transformation des détachements d’actions rapides (DAR) en unité anticasseurs, application de l’article 40 du code de procédure pénale à l’encontre des « personnalités » qui encouragent et légitiment les violences, etc.

De plus, à l’issue du conseil des ministres du 20 mars, le gouvernement annonçait par l’entremise de son porte-parole Benjamin Griveaux que les militaires de l’opération Sentinelle allaient à leur tour être appelés à la rescousse afin d’assurer la protection des bâtiments publics face aux manifestants.

 

Changement de doctrine et probabilité

 

Un tel changement de doctrine implique de fait que les probabilités qu’un drame se produise seront a minima décuplées.

En effet, il ne fait aucun doute que les contacts physiques entre membres des forces de l’ordre et/ou militaires, casseurs et autres manifestants radicalisés seront violents pour mettre fin à leurs exactions.

Il ne fait aussi aucun doute que les militaires de l’opération Sentinelle seront placés dans des situations plus qu’inconfortables s’ils venaient à être confrontés directement à des casseurs ou manifestants virulents, étant entendu qu’un militaire n’est ni formé ni équipé pour gérer ce type de situation. Il est possible d’affirmer qu’une telle confrontation ne pourra que très mal se terminer.

Enfin, il ne fait aussi aucun doute que les professionnels du désordre en tout genre ont atteint l’un de leurs objectifs en poussant le gouvernement à adopter une nouvelle doctrine qui, à ne pas en douter, entraînera de nouvelles conséquences sur le plan du maintien de l’ordre, mais également sur un plan politique.

Dans un tel contexte, il est hélas plus que probable que dans les jours ou semaines à venir, les factieux de tout bord pourront « enfin » glorifier leur(s) martyr(s) qui seront tombés sous les coups des policiers et/ou gendarmes, leur permettant ainsi de justifier un peu plus et de manière plus solennelle leurs agissements.

 

À ce jour, la seule certitude que nous puissions avoir est que la violence finit toujours par se transformer en douleur.

 

 

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J’ai fondé HAXXOM pour pouvoir faire les choses autrement, pour apporter de l’innovation et une vision stratégique à la sûreté, un secteur encore obscur pour beaucoup… Je voulais, tout simplement et en toute humilité, participer à lui rendre ses lettres de noblesse afin qu’elle soit génératrice de valeur pour les entreprises.
Jean-Jacques RICHARD, président d’HAXXOM

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