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Au cœur des « Gilets jaunes » sur les Champs-Élysées

25/11/2018 par Jean-Jacques RICHARD

 

Gilets jaunesQu’il s’agisse d’accueillir les héros de la coupe du monde ou de fêter la nouvelle année, la plus belle avenue du monde est un lieu de fête, même si très régulièrement des casseurs viennent perturber ces moments de liesse.

Même si le préfet de police Michel Delpuech avait écarté toute idée et autorisation d’une manifestation des « gilets jaunes » sur les Champs-Élysées ce 24 novembre, pour ne l’autoriser que sur le Champ-de-Mars, il était néanmoins plus que probable que ce mouvement populaire n’allait pas suivre les consignes de la préfecture.

Pour en avoir le cœur net, mais aussi comprendre ce mouvement de l’intérieur, j’ai tout au long de cette journée du 24 novembre observé, écouté, constaté.

Je me suis promené dès 8 h 30 dans les rues adjacentes aux Champs-Élysées. J’ai alors très rapidement compris que la manifestation des gilets jaunes aurait bien lieu sur les Champs-Élysées, et non pas au Champ-de-Mars. D’ailleurs, je postais à 9 h 14 sur mon compte Facebook la publication suivante : « En direct du “Triangle d’Or” : nombreuses voitures dans les rues adjacentes immatriculées 60, 77, 91, etc. Aucune protection des rues perpendiculaires aux Champs. Si les autorités attendent les gilets jaunes sur le Champ-de-Mars, ils se trompent, car la manifestation la plus “dure” aura lieu sur les Champs. »

En l’espèce, écrire que la manifestation la plus dure aurait lieu sur les Champs-Élysées était alors un euphémisme.

 

Confusion et désorganisation

 

Se stationnant dans les rues autour des Champs-Élysées, les manifestants sont arrivés en nombre, prenant le plus grand soin de dissimuler leur gilet jaune. Aucune de ces rues perpendiculaires aux Champs-Élysées n’était protégée de la moindre manière que ce soit : pas plus de plots anti-bélier que de membres des forces de l’ordre.

À 9 h 31, des manifestants venus de Bretagne avaient revêtu leur gilet jaune et descendaient l’avenue François 1er, le tout dans une ambiance bonne enfant.

À 9 h 52, les premiers gilets jaunes envahissaient la chaussée des Champs-Élysées à ses 2 extrémités, à savoir au niveau de l’Arc de Triomphe et du rond-point des Champs-Élysées. Le tout, au milieu des voitures, des bus et autres camions de livraison.

Simultanément, les premiers effectifs des forces de l’ordre prenaient position sur les Champs-Élysées alors que les rangs des gilets ne cessaient de grossir.

 

Gilets jaunesÀ 10 h 19, les véhicules venant des rues perpendiculaires continuaient irrémédiablement à traverser les Champs-Élysées, se frayant de plus en plus difficilement un chemin entre les manifestants. Ma surprise fut totale lorsque je vis traverser au milieu des CRS et des manifestants un camion de 19 tonnes comparable à celui utilisé à Nice le 14 juillet 2016.

À 10 h 35, c’est un bus de touristes (Big bus Paris) qui remontait le plus tranquillement du monde la plus grande avenue du monde.

Gilets jaunesVous pourriez légitimement penser que ce flux de véhicules en tout genre – représentant une menace qu’il n’est plus nécessaire d’expliciter – allait finir par être maîtrisé. Je le pensais moi aussi. Mais dans les faits, il n’en a rien été, car finalement, le flux de véhicules fut stoppé par la tournure même qu’allait prendre la manifestation.

 

3 catégories de manifestants bien distincts

 

Sur les Champs-Élysées ce 24 novembre, il était possible dans un premier temps de distinguer très clairement 3 grandes catégories de manifestants :

  • des manifestants, de toute catégorie sociale et professionnelle, venus exprimer leur mécontentement en famille ou entre amis,
  • des membres de l’ultra-droite, arborant des drapeaux français avec une fleur de lys ou un autre signe distinctif
  • des membres de l’ultra-gauche, eux aussi facilement identifiables à leur tenue et équipement pour ce type de circonstance.

Les « tags » sur les murs et vitrines des boutiques viendront confirmer cette répartition des manifestants.

Gilets jaunes

C’est aux alentours de 10 h 45 que les premières décharges de gaz lacrymogène et grenades détonantes furent tirées par les forces de l’ordre pour repousser les manifestants désireux de franchir le Rond-point des Champs-Élysées – franchissement qui aurait donné un accès possible vers l’Élysée. Signalons au passage que des véhicules et bus continuaient encore à 10 h 51 à traverser les Champs-Élysées sous les yeux médusés de leurs occupants.

Pendant de nombreuses heures, les premiers affrontements se concentrèrent au niveau du Rond-Point des Champs-Élysées, avant de s’étendre à l’opposé, du côté de l’Arc de Triomphe.

 

Le jeu du chat et de la souris

 

Gilets jaunesVers midi, les forces de l’ordre repoussèrent les manifestants à coups de gaz lacrymogène et canon à eau vers l’Arc de Triomphe afin de « débloquer » la position du Rond-Point des Champs-Élysées.

Toutefois, les rues perpendiculaires n’étant pas sous le contrôle des forces de l’ordre – à l’exception de l’avenue Georges V –, les manifestants s’engouffraient dans les rues perpendiculaires et pouvaient ainsi reprendre position au niveau du Rond-Point des Champs-Élysées. Ce premier mouvement des forces de l’ordre a eu pour conséquence d’ouvrir un autre point de fortes tensions au niveau de l’Arc de Triomphe.

Ce « jeu du chat et de la souris » dura toute la journée.

 

Le moment où tout a basculé

 

C’est vers 13 h, lorsqu’un fourgon de chantier fut placé au milieu des Champs-Élysées et incendié, que la manifestation des Champs-Élysées a basculé dans une violence qui allait devenir omniprésente, opposant même de « vrais » gilets jaunes à de vrais casseurs. Après ce premier brasier sur les Champs-Élysées, d’autres furent allumés et des barricades furent érigées avec des barrières de chantier et autres blocs en béton.

Gilets jaunes

Aux alentours de 14 h, la plus belle avenue du monde ne l’était plus. Ses pavés étaient décelés afin d’être jetés sur les membres des forces de l’ordre.

Gilets jaunes

Jusqu’à 18 h, la situation ne cessa de dégénérer avec de nombreux incendies allumés dans les rues adjacentes aux Champs-Élysées.

C’est vers 16 h 30 que j’ai constaté la présence d’une 4e catégorie d’individus sur les Champs-Élysées, cette catégorie ne venant que pour faire des emplettes empreintes de casse et de violence. Relativement discrets jusqu’à 19 heures, ils passèrent à l’action en s’attaquant aux vitrines de Foot Locker, Lacoste, ou bien encore Dior, pour ne citer que ces enseignes…

Gilets jaunes

À partir de 19 h, les forces de l’ordre avaient reconquis les Champs-Élysées, « n’ayant plus qu’à gérer » des casseurs très mobiles et incroyablement violents.

 

Débordements

 

Dire que les forces de l’ordre ont été débordées serait un euphémisme, car les évènements du 24 novembre 2018 auraient pu tourner à la catastrophe.

Pourtant, dans les faits, ce ne sont pas les forces de l’ordre qui ont été débordées, mais le commandement de ces forces de l’ordre qui a été totalement désemparé par une manifestation d’un nouveau genre, sans leader à qui parler, sans service de sécurité.

Gilets jaunes

Les policiers et gendarmes qui étaient sur les Champs-Élysées pendant de très longues heures ont agi avec un très grand professionnalisme et une très grande proportionnalité dans toutes leurs réponses, évitant au maximum les contacts physiques afin que la situation ne dérape plus encore et ne se solde avec un ou plusieurs décès.

Sur les Champs-Élysées ce 24 novembre 2018, le climat était insurrectionnel et j’ai bien peur que les choses ne s’arrangent pas dans les jours et semaines à venir.

Gilets jaunes

Gilets jaunesSur les Champs-Élysées, j’ai vu, écouté, échangé avec des gilets jaunes qui n’étaient venus sur la plus belle avenue du monde que pour manifester leur désarroi, leur désaccord, mais en aucun cas pour s’opposer aux forces de l’ordre. Ces mêmes personnes ont été déstabilisées par toutes les catégories de casseurs et certains s’opposaient physiquement afin que des scooters ne soient pas brûlés ou du mobilier urbain détruit.

Ce 24 novembre, les « vrais » gilets jaunes et les autorités ont été débordés par des casseurs. J’ai bien peur que cette situation se renouvelle le 1erdécembre sur les Champs-Élysées, à Saint-Germain, à Saint-Michel, etc.

Car il est une certitude : les casseurs s’adapteront au terrain qu’ils seront appelés à rencontrer.

 

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J’ai fondé HAXXOM pour pouvoir faire les choses autrement, pour apporter de l’innovation et une vision stratégique à la sûreté, un secteur encore obscur pour beaucoup… Je voulais, tout simplement et en toute humilité, participer à lui rendre ses lettres de noblesse afin qu’elle soit génératrice de valeur pour les entreprises.
Jean-Jacques RICHARD, président d’HAXXOM

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