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Gilets jaunes : un mouvement à bout de souffle ?

31/12/2018 par Jean-Jacques RICHARD

Ils ont surpris les plus hautes instances en matière de sécurité publique de notre pays par leur détermination, leur manque d’organisation, mais aussi par leur violence. Ils, ce sont bien entendu les gilets jaunes, ce mouvement né d’une génération Facebook et qui a réussi au travers de leaders spontanés comme Fly Rider ou Éric Drouet à fédérer derrière eux des dizaines de milliers personnes mécontentes de tout horizon. Salariés rencontrant des fins de mois difficiles, entrepreneurs, professions libérales, sans-emploi, membres d’extrême gauche ou droite… tous ont trouvé dans les gilets jaunes cette bannière qui les rassemble pour affronter un pouvoir qu’ils jugent incapable d’améliorer leur quotidien. Les médias sont quant à eux corrompus jusqu’à la moelle, les journalistes n’étant que des petites mains d’un pouvoir machiavélique. Et les syndicats, trop dociles et trop prévisibles.

De l’improvisation à l’internationalisation

D’un mouvement improvisé derrière des leaders comme Éric Drouet qui voulait prendre d’assaut l’Élysée, est né un mouvement insurrectionnel comparable sous certains angles aux jacqueries que notre pays a connu. Certains ont cru que ce mouvement n’allait pas faire long feu. Mais à ce jour, il n’en est rien, et cela même si l’acte VII à Paris n’a rassemblé que moins de 1 000 manifestants. Bien au contraire, les gilets jaunes ont traversé nos frontières jusqu’en Allemagne, en Belgique, au Liban ou bien encore en Israël, Irak, Jordanie, Égypte, Canada…

Sans porte-parole, sans revendication claire sinon celle de renverser un pouvoir en place, ce mouvement des gilets jaunes est devenu totalement incontrôlable et de fait un casse-tête pour les autorités. Attendus sur le Champ-de-Mars, les plus radicaux dévastent les Champs-Élysées ; attendus sur les Champs-Élysées, ils saccagent les rues adjacentes ; attendus dans les rues perpendiculaires aux Champs-Élysées, ils envahissent Montmartre avant de lancer un assaut sur des motards de la préfecture de police de Paris.

Avec pour principale tactique d’être imprévisibles,guidés toutefois par des professionnels de l’insurrection qui suivent à la lettre près leur petit manuel du parfait révolutionnaire, ces révolutionnaires des deux extrêmes peuvent compter sur des figures de proue de notre paysage politique pour souffler sur les moindres braises, espérant que ces braises leur permettront d’atteindre leur objectif : prendre le pouvoir.

Des impacts et des coûts

L’impact de ce mouvement qui s’est mis « en marche » contre le pouvoir en place a un prix : 10 morts déjà dans de tragiques accidents, plus de mille blessés dont 250 dans les rangs des forces de l’ordre, des commerces dévastés, l’Arc de Triomphe souillé et saccagé et des impacts économiques estimés à 4 milliards d’euros, sans compter les 43 000 salariés en chômage partiel lié directement au mouvement. Bruno Lemaire, ministre de l’Économie et des Finances, estimait le 14 décembre que ce mouvement initié en octobre 2018 aurait un impact négatif de 0,1 % sur la croissance française au dernier trimestre 2018. Les débordements ont entraîné plus de 4 000 placements en garde à vue avec un score jamais atteint en France le 7 décembre pour l’acte IV avec plus de 1 000 placements en garde à vue.

Jamais un mouvement social en France n’a eu autant d’impact sur une période aussi courte.

Vers un second souffle

La question que beaucoup se posent aujourd’hui est de savoir si ce mouvement des gilets jaunes est à bout de souffle. La réponse à une telle interrogation est non, et pour de multiples raisons. La toute première raison est que le mouvement des gilets jaunes n’est justement pas un mouvement avec un leader charismatique et reconnu de tous. Celles et ceux qui ont appelé à une structuration du mouvement se sont vus insultés et même menacés de mort. Et ce n’est pas la récente initiative de Francis Lalanne qui changera les choses.

La seconde raison est que, sous cette bannière jaune, des courants de pensée très différents ont pris place. Ces singulières alliances n’auront de raison d’être que le temps de renverser un pouvoir en place. Car, par la suite, chacun retrouvera ses rangs, laissant sur le bas-côté quelques puristes qui croyait à un mouvement sans chef, sans concentration de pouvoir, etc.

La troisième raison est que ce soulèvement populaire est alimenté par des théories du complot des plus ubuesques allant que les blacks blocks et les antifas sont au service de l’Élysée pour discréditer le mouvement ou bien que les casseurs sont à la solde du ministre de l’Intérieur. Des membres du mouvement ont même affirmé sur les réseaux sociaux que le récent attentat de Strasbourg qui a fait 5 morts et 11 blessés a été fomenté par le gouvernement pour « détourner l’attention ».

La quatrième raison est quecontrairement à la carte d’un parti politique ou d’un syndicattout le monde possède un gilet jaune ou peut s’en procurer un pour 1 euro. Une fois le gilet enfilé, son détenteur peut exprimer son ras-le-bol, qu’il s’agit du pouvoir d’achat, des taxes sur le carburant, mais également revendiquerl’instauration du Référendum d’Initiative Citoyenne (RIC), la baisse des charges ou bien réclamer haut et fort « que des emplois soient créés pour les chômeurs ». Enfiler un gilet jaune confère un super pouvoir à celui qui le porte.

Si à cela vous ajoutez des fake news, de la théorie du complot et un ou des morts dans des affrontements avec les forces de l’ordrevous avez un cocktail détonnant pour que le mouvement puisse durer encore de très longs mois avec une issue que nul ne peut prédire à ce jour.

Ce mouvement atypique des gilets jaunes est né sur Facebook et a pris son envol dans la rue, sur des ronds-points ou à des barrières de péages autoroutiers. Les stylos rouges et d’autres mouvements essayeront de percer à leur tour afin de défendre leur cause. Car, s’il est une certitude, c’est qu’en démocratie, chacun a une cause, des intérêts ou bien encore des objectifs à défendre. Et il ne fait aucun doute qu’en 2019, ces causes, intérêts et objectifs ne manqueront pas de s’entrechoquer.

Je vous souhaite à toutes et à tous une merveilleuse et lumineuse année 2019.

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J’ai fondé HAXXOM pour pouvoir faire les choses autrement, pour apporter de l’innovation et une vision stratégique à la sûreté, un secteur encore obscur pour beaucoup… Je voulais, tout simplement et en toute humilité, participer à lui rendre ses lettres de noblesse afin qu’elle soit génératrice de valeur pour les entreprises.
Jean-Jacques RICHARD, président d’HAXXOM

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