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Affaire Benalla : une affaire d’État, vraiment ?

29/07/2018 par Jean-Jacques RICHARD

 

Que cela aurait été bon d’avoir une bonne vieille affaire d’État qui aurait vu le jour miraculeusement juste après que nous ayons conquis la Russie en attrapant à force de talent et de stratégie une deuxième étoile. Étoile qui aurait dû permettre d’unir les Français, mais aussi de faire rayonner notre beau pays dans le monde entier.

Je dois vous avouer que je suis carrément déçu, car, étant en vacances à l’étranger, je me voyais déjà arborer mon polo Lacoste avec le crocodile bleu, blanc, rouge pour bien montrer à tout le monde que j’étais Français et donc un peu champion du monde.

Certes, nous sommes champions du monde de football, mais nous sommes aussi les pires champions du monde du feuilleton de l’été. À mon plus grand regret, mes interlocuteurs étrangers ne me parlent pas de la frappe de « bâtard » de Benjamin Pavard, des accélérations démoniaques de Kiki ou du coup de tête majestueux de mon ancien voisin, Samuel Umtiti, qui nous a propulsés en finale, mais de « l’affaire Benalla ».

Je tente d’expliquer maintenant et depuis plusieurs jours à mes interlocuteurs que, finalement, nous sommes des « gros nuls » en termes de feuilleton de l’été et encore plus en affaire d’État.

En effet fut un temps pas si lointain où nous avions un président de la République capable de mettre en place une cellule d’espionnage d’hommes politiques, de journalistes ou de célébrités depuis l’Élysée. Fut un temps où nous avions un président de la République capable d’avoir une double vie et de faire protéger sa concubine et sa fille par le GSPR. Fut un temps où ce même président de la République ordonnait à ses services secrets de faire péter un bateau de Greenpeace pour que nous puissions faire « péter » de grosses bombes nucléaires. Fut un temps où certains officiers supérieurs de nos services secrets pensaient qu’en augmentant de manière significative la charge destinée à couler le Rainbow Warrior, ils pourraient aussi couler le locataire de l’Élysée.

Fut un temps où les officines de sécurité privée s’appelaient KO international ou Century et où leurs dirigeants (Legras, Delachaux, Souham) roulaient en Renault 25, sirènes hurlantes dans les rues de Paris, et dont les fidèles lieutenants posaient des bretelles (des écoutes) pour le compte de clients très prestigieux ou cassaient des piquets de grève à renfort de vrais gros bras. Elles sont loin les opérations extérieures financées par les fonds secrets du Service de documentation extérieure et de contre-espionnage (SDECE) afin de faire basculer des gouvernements entiers pour défendre « les intérêts » de notre beau pays.

Alors, comme vous le comprendrez, « l’affaire d’État Benalla » me fait doucement glousser.

Désolé, mais « l’affaire d’État Benalla » ressemble plus à la folle journée de Ferris Bueller, version violente, qu’à une « affaire d’État ».

L’affaire Benalla n’est rien d’autre que l’histoire d’un jeune homme qui a eu la chance incroyable de se hisser au plus haut sommet de l’État et qui a su avec beaucoup d’énergie tout gâcher et trahir la confiance que certains avaient placée en lui.

J’ai été ce jeune homme ; je n’avais pas 26 ans, mais 29 ; je n’étais pas en charge d’organiser/superviser la protection du président de la République, mais celle du président d’Elf Aquitaine, feu Philippe Jaffré. Et pour ce faire, j’avais une équipe d’officiers de sécurité constituée de toute pièce d’anciens du GSPR, du Service Action, du 1er RPIMA, du 2e REP/CRAP, mais aussi d’officiers de sécurité n’ayant aucun passé dans la police ou l’armée et qui ont dû apprendre à travailler ensemble, soit 12 personnes au total (3 équipes). Période où le directeur de la sûreté du groupe Elf était le général Patrice de Loustal, alias « tonton baroud », alors que j’étais pour ma part en charge exclusive de la sûreté de la présidence du 1er groupe pétrolier français. Pendant 3 ans, nous n’avons pas lâché d’une semelle le président Jaffré en faisant plusieurs fois le tour du monde et nous avons été confrontés à des situations des plus complexes en France et à l’étranger. Et vous savez quoi ? J’aurais préféré tout perdre plutôt que trahir de quelque manière que ce soit la confiance de Philippe Jaffré et celle de ses proches. Nous avons protégé Philippe Jaffré et assuré la sûreté de la présidence de 1997 à 2000 (rachat d’Elf par Total) sans jamais perdre de vue que nous devions accomplir nos missions en étant totalement irréprochables aussi sur les plans du savoir-faire que du savoir-être, étant entendu qu’Elf Aquitaine était à cette époque au cœur d’une affaire d’État (une vraie celle-ci).

Le comportement d’Alexandre Benalla est impardonnable, tant sur le fond que la forme. Son attitude a jeté le discrédit sur tous ceux qui travaillent avec un très grand professionnalisme dans le secteur de la sécurité privée ou publique et qui ne sont ni des barbouzes et encore moins des Rambo. Sur un plan stratégique, les agissements d’Alexandre Benalla ne pouvaient que donner du grain à moudre à tous celles et ceux qui avaient besoin de leviers pour déstabiliser l’autre camp à renfort de commissions d’enquêtes et de psychodrames parfaitement orchestrés.

Désolé, mais il n’y a pas d’affaire Benalla, mais juste l’histoire d’un collaborateur du président de la République qui a complètement dérapé, certainement due à une erreur monumentale de casting. Cette affaire serait croquignolesque si elle ne ternissait pas autant l’image de notre pays.

De mon simple avis, la France n’a vraiment pas besoin d’un mauvais feuilleton de série B, mais bel et bien d’avoir des étoiles plein la tête.

 

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J’ai fondé HAXXOM pour pouvoir faire les choses autrement, pour apporter de l’innovation et une vision stratégique à la sûreté, un secteur encore obscur pour beaucoup… Je voulais, tout simplement et en toute humilité, participer à lui rendre ses lettres de noblesse afin qu’elle soit génératrice de valeur pour les entreprises.
Jean-Jacques RICHARD, président d’HAXXOM

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