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Violences urbaines : des cités en surchauffe

22/10/2016  par Jean-Jacques RICHARD

 

Violences urbainesSi l’agression de 4 policiers à Viry-Châtillon a mis en exergue les difficultés des policiers dans certains quartiers, il ne faudrait surtout pas imaginer un instant qu’il s’agit là d’épiphénomènes, car il n’en est rien. Ce harcèlement par des racailles ou voyous – le terme pour les qualifier n’a que très peu d’importance –, est pour ces policiers ou gendarmes une réalité quotidienne.

Cette réalité est violente : ces énergumènes veulent casser du « flic » et se dresser par là même contre l’autorité de l’État. Ils ont dépassé depuis bien longtemps les quelques tags mentionnant qu’ils veulent « niquer les BAC » ou les quelques voitures ou poubelles brûlées afin de démontrer leur détermination. Aujourd’hui et tout comme hier, ils sont passés dans des phases d’actions qui seront tout logiquement de plus en plus violentes et les prétextes ne manqueront pas pour justifier cette violence.

 

Une politique de l’autruche

 

Face à de telles situations, nous pouvons toujours essayer de trouver de multiples excuses à ces jeunes en marge de la société. Mais, la réalité est tout autre, car aux côtés de ces voyous, il y a de nombreux autres jeunes gens qui vivent dans les mêmes quartiers et qui tous les jours essaient de se débattre pour étudier, trouver un travail et bâtir une vie digne. Nous ne parlons que très rarement de tous nos concitoyens qui vivent dans l’angoisse de rentrer ou sortir de chez eux de peur d’être confrontés à ces groupes qui n’ont que la violence qui coule dans leur veine. Nous ne parlons pas de ces mêmes habitants qui voient les soirs du 14 juillet, du 31 décembre ou pour tout autre prétexte leurs voitures flamber. Nous n’en parlons pas, car ce qui se passe dans ces quartiers périphériques doit rester dans ces mêmes quartiers.

Pour certains de nos hommes politiques et hauts fonctionnaires, il est préférable de ne pas intervenir dans ces quartiers dits sensibles, car des actions en profondeur pourraient être autant de vecteurs d’émeutes, comme celles que nous avons notamment connues en 2005.

Le problème en matière de sécurité est que ne rien voir, ne rien dire et ne rien écouter n’est aucunement une solution.

 

Un désordre organisé

 

Sous un semblant de désordre, ces cités sensibles sont finalement bien structurées par les voyous qui les contrôlent et dont les actions ou réactions sont parfaitement préétablies.

Dans ces quartiers, il y a d’une part, les vrais caïds qui dirigent d’une main de fer leur territoire et mettent des « gifles » ou des « coups de calibre » à tous ceux qui jouent les mariolles avec les « flics », car « cramer » 4 « flics » comme à Viry-Châtillon n’est pas bon pour les affaires. En effet, des interpellations et des fouilles en profondeur de ces cités désorganisent totalement leurs marchés (déplacement de caches, réorganisation des réseaux de vente et de distribution, etc.).

D’autre part, il y a les mariolles qu’il est possible de classer en 2 catégories : les mariolles, les vrais, qui n’ont d’autre ambition que d’aller taper du flic, et les mariolles ambitieux. Cette seconde catégorie sait qu’en s’attaquant aux forces de l’ordre, ils généreront des réactions qui peuvent redistribuer les cartes, leur objectif étant de casser des pans entiers de marchés illicites et de territoires afin de se les approprier.

Enfin, il y a les « stratèges » qui pilotent ces jeunes à des fins politiques et idéologiques. Ces individus qui remontent ces jeunes comme des « coucous » les poussent à affronter des policiers dans des guets-apens parfaitement orchestrés afin d’atteindre des objectifs bien plus machiavéliques. Imaginez des violences urbaines de l’ampleur de celle de 2005 avec des attentats multiples et coordonnés. Imaginez que ces mêmes attentats n’aient pas lieu dans de grandes villes, mais dans des villes de moyenne importance ou pire encore dans des villages. Imaginez que cette France des banlieues aux multiples composantes se dresse les unes contre les autres entraînant des exactions de toutes sortes, etc.

 

Les voyous ne se volatilisent pas…

 

Comme nous le verrons dans mon prochain article, les plans pour reconquérir, apaiser, réguler ces quartiers, ces cités, se sont multipliés depuis 40 ans. Pour quel résultat ?

Certains à juste titre avanceront que, sous les effets de ces plans, des quartiers se sont apaisés. Mais à quel prix ? Et avec quel effet de halo sur les cités, quartiers ou villes avoisinants ?

La problématique n’est pas tant de pacifier une cité ou un quartier. Le problème est de savoir en matière de sécurité publique où cette délinquance se reportera, car ces voyous ne se volatilisent pas.

Nous pouvons toujours mener des Études de Sécurité et de Sûreté Publique. Mais, sans réelle implication et réalisme de tous les acteurs étatiques, cela ne sert à rien, car les problématiques auront été atténuées ou déplacées, mais en aucun cas traitées sur le fond.

 

Revoir notre politique carcérale

 

Face à de telles situations, nous pouvons toujours penser avec angélisme que la prison n’est pas forcément une réponse, comme l’a souligné Jean-Jacques Urvoas. Certes, la prison que nous connaissons – celle qui est surchargée, celle des deals, celle des téléphones portables, des posts sur Facebook ou des piscines gonflables en cellule (maison d’arrêt de Seysses, août 2016) ou celle où l’on gagne ses galons de petits caïds ou d’islamistes fraîchement moulus – n’est effectivement pas une réponse.

Mais, d’autres approches existent. Personnellement et comme des millions de Français, je n’ai absolument pas envie de goûter au monde carcéral. Alors, faisons en sorte que ces individus n’aient pas envie d’y faire un séjour qui serait synonyme pour eux d’un réveil à 6h du matin, de tenue réglementaire, de travail toute la journée, d’apprentissage, de règles de vie, de discipline, d’éducation, etc.

 

Comprendre ne suffit plus

 

Aujourd’hui, il ne suffit plus d’écrire aux policiers, comme l’a fait Bernard Cazeneuve vendredi dernier, en précisant notamment « La colère et le malaise que vous exprimez résultent d’un quotidien dans lequel vous ne vous reconnaissez plus ».

Le problème en l’espèce est qu’il est toujours préférable d’être dans l’anticipation que de chercher à traiter les problèmes a posteriori.

À la décharge du ministre de l’Intérieur, les caillassages, les tirs de mortiers artisanaux contre les forces de l’ordre, les machines à laver ou réfrigérateurs jetés depuis les toits des barres d’immeubles sur des équipages des BAC, les trafics de stupéfiants et d’armes dans ces no man’s land, les voitures de police qui ne démarrent plus, les pleins d’essence des équipages de la police nationale financés par des mairies, les problèmes techniques en tout genre, etc. ne datent pas d’hier et très loin de là…

 

Les cités sont aujourd’hui en surchauffe. Il ne suffira que d’une étincelle pour qu’elles s’embrasent…

 

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J’ai fondé HAXXOM pour pouvoir faire les choses autrement, pour apporter de l’innovation et une vision stratégique à la sûreté, un secteur encore obscur pour beaucoup… Je voulais, tout simplement et en toute humilité, participer à lui rendre ses lettres de noblesse afin qu’elle soit génératrice de valeur pour les entreprises.
Jean-Jacques RICHARD, président d’HAXXOM

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