La prévention situationnelle

La prévention situationnelle


Au travers de la loi n°2002-1094 du 29 août 2002, le législateur français a donné la définition suivante à la prévention situationnelle : « La prévention situationnelle recouvre l’ensemble des mesures d’urbanisme, d’architecture ou techniques visant à prévenir la commission d’actes délictueux ou à les rendre moins profitables… ».


 

Un peu d’histoire

Dans la seconde partie du XIXe, Louis-Napoléon Bonaparte veut redessiner Paris qui est alors une ville sombre et insalubre. Il souhaite également faciliter la circulation des flux de marchandises et celui des hommes. Impressionné par la reconstruction des quartiers ouest de Londres suite au grand incendie de 1966, l’empereur Bonaparte désire donner une nouvelle dimension à Paris.

L’Empereur souhaite aussi être capable de faire face aux velléités insurrectionnelles du peuple. En effet, après la révolution de 1789 et les soulèvements populaires de juillet 1830 et juin 1848, Bonaparte veut aussi être capable de maîtriser les éventuels soulèvements de la classe ouvrière en les repoussant et en les éparpillant en dehors du centre de Paris.

Aussi, le 29 juin 1853, Louis-Napoléon Bonaparte confie au préfet de la Seine, Georges Eugène Haussmann, la mission « d’assainir » Paris.

Si l’une des stratégies d’Haussmann est bien d’embellir Paris, il fait aussi de la sécurité un axe important de sa réflexion. Pour ce faire, il « perce » dans Paris de larges avenues qui, outre leur aspect esthétique, permettent de rendre plus difficiles l’édification de barricades ou les regroupements… Haussmann écrira même à Bonaparte qu’il faut « accepter dans une juste mesure la cherté des loyers et des vivres […] comme un auxiliaire utile pour défendre Paris contre l’invasion des ouvriers de la province. »

Sans que l’appellation ne soit utilisée, Haussmann, comme bien d’autres avant lui, faisait déjà de la prévention situationnelle.

Naissance d’une doctrine

La doctrine de la prévention situationnelle prend forme aux États-Unis dans les années 60 sous l’impulsion de Jane Jacobs (école de Chicago) qui s’interroge sur les conditions dans lesquelles un délit ou un crime peut être commis. Pour ce faire, cette architecte, également philosophe, s’attache à prendre en considération la victime, l’auteur, mais aussi les conditions dans lesquelles l’acte délictueux ou criminel peut être commis.

Jane Jacobs comprit rapidement que, pour qu’il y ait un délit ou un crime, il faut aussi un contexte. Ce contexte peut être le fait qu’une rue soit mal éclairée, qu’un poteau puisse être facilement décelé afin de servir de « bélier » pour briser une vitrine ou bien encore qu’un site privé ne soit pas ou mal clôturé…

En 1972, l’architecte et urbaniste Oscar Newman écrit son premier livre qui s’intitule « Les espaces défendables » (defensible space). L’une des principales théories de Newman qui mènera ses recherches aux États-Unis et au Canada, est qu’un espace est d’autant mieux protégé de la criminalité lorsque ses habitants éprouvent un véritable sentiment d’appartenance à leur environnement. Pour Newman, la réduction de l’acte criminel ainsi que celui du sentiment d’insécurité peut prendre forme au travers de l’architecture et de l’urbanisme.

Newman est également convaincu que les habitants eux-mêmes peuvent jouer un rôle essentiel dans la réduction de la criminalité, et ce en permettant aux résidants de surveiller eux-mêmes leurs espaces de vie.

A travers diverses études menées dans des logements sociaux, Oscar Newman affirme entre autres que, plus les bâtiments sont élevés, plus la criminalité est concentrée dans les étages supérieurs. Cette dernière théorie n’a jamais été confirmée de manière formelle. Il affirme également que la majorité des incidents ont lieu dans les parties communes des immeubles qu’il nomme « espaces publics cachés ».

Si les théories d’Oscar Newman ont été contestées, elles ont été néanmoins mises en œuvre avec plus ou moins de succès aux États-Unis, au Royaume-Uni, aux Pays-Bas ou bien encore en Suède.

En 1985, l’Anglaise et professeur de géographie Alice Mary Coleman met quant à elle en lien les défauts d’entretien des espaces urbains et le niveau de criminalité dans ce même espace.

Dans les années 90, le criminologue Ronald V. Clarke apporte de son côté une nouvelle pierre à l’édifice en développant la théorie du « choix rationnel » selon laquelle un délinquant prend en compte plusieurs facteurs pour réaliser ou non son action malveillante. En effet, un délinquant se pose le problème de la manière suivante : quelle est la difficulté de mise en œuvre de mon action, quels sont les risques encourus, quels sont les bénéfices… Vous comprendrez que, si les difficultés et les risques encourus sont trop importants, l’acteur malveillant ne passera pas à l’acte ou se dirigera vers une cible plus abordable pour lui.

Pour sa part, le Canadien Maurice Cusson a mis en avant d’autres grands principes de la prévention situationnelle. Ces principes sont : le moindre effort, le moindre risque, le plus grand profit.

Dans cette même veine, les criminologues Lawrence Cohen et Marcus Felson soulignent que le crime prend forme suite à une rencontre entre un auteur potentiel, une cible vulnérable et un niveau de sûreté inadapté (homme ou matériel).

De la théorie à la pratique

Aujourd’hui, les experts en sûreté s’accordent sur l’importance de la prévention situationnelle directement inspirée de toutes ces théories.

Que ce soit dans des espaces publics ou privés, l’objectif de la prévention situationnelle est bien de dissuader le délinquant de passer à l’acte, mais aussi de détecter ces actes le plus précocement possible. La prévention situationnelle cherche également à stopper les comportements inadaptés ou insécurisants. À titre d’exemple, dans le métro, les traditionnels bancs ont été remplacés au fil des années afin de ne plus permettre aux sans-abris de s’allonger. Dans les parkings, les peintures sombres ont fait place à des peintures claires et à de la musique douce afin de renforcer le sentiment de sérénité des utilisateurs.

Néanmoins, une chose est certaine : les délinquants chercheront toujours à s’adapter à leur nouvel environnement. S’ils ne peuvent plus braquer des banques ou des fourgons blindés, ils braqueront des entrepôts de marchandises. S’ils ne peuvent pas braquer des entrepôts, ils braqueront alors les véhicules transportant ces marchandises, s’ils ne peuvent pas braquer un poids lourd, ils braqueront les camionnettes de livraisons. S’ils ne peuvent pas s’attaquer à une cible parce qu’elle est protégée 24 heures sur 24 par des hommes en armes, alors ils choisiront d’autres cibles, etc.

Pour ma part, j’aurais tendance à parler de « prévention dimensionnelle », car la lutte contre la délinquance sous toutes ses formes doit être prise dans toutes ses dimensions : dimension humaine, dimension sociale, dimension éducative, dimension budgétaire, dimension organisationnelle et structurelle, dimension préventive et répressive, dimension culturelle et religieuse, dimension politique, etc.

Enfin, si dissuader un délinquant de s’attaquer à une cible donnée n’est pas forcément la chose la plus compliquée, il est beaucoup plus difficile de faire en sorte qu’il ne bascule pas dans la délinquance ou si tel n’est pas le cas, être capable de le rattraper avant qu’il ne s’écrase…

 

Il y a une vingtaine d’années, j’ai eu aux côtés d’Alain BAUER (criminologue) à « reconquérir » un ensemble de logements sociaux de la ville de Bordeaux. Cet ensemble était sous l’emprise de petits délinquants. Les carcasses de voitures brûlées et autres tags « Nique la police » faisaient partie du paysage.

Nous avons tout d’abord isolé chaque immeuble en « clôturant » leur accès et en installant des digicodes, créant ainsi chez les locataires un sentiment d’appartenance à l’environnement. Puis, avec l’accord du bailleur, nous avons alloué gratuitement certains logements du rez-de-chaussée à des associations tenues par des femmes, et plus exactement par des mères. Comme nous l’imaginions, la présence de ces mères a eu vite raison des attroupements de jeunes dans les cages d’escaliers ou à l’entrée des immeubles.

Enfin, nous avons appliqué l’expérience de Philipp Zimbarbo, « broken windows », selon laquelle si une vitre brisée n’est pas remplacée dans les meilleurs délais, d’autres suivront. Par conséquent, le moindre tag était immédiatement effacé, la moindre vitre ou boîte aux lettres cassée immédiatement remplacée.

Le concours de la Direction Départementale de la Sécurité Publique (DDSP) et la présence de médiateurs sociaux nous ont permis d’atteindre notre objectif. Environ 4 ans après notre intervention, l’hebdomadaire VSD a mené une enquête et a constaté que cet ensemble de logements était devenu paisible.


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