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Le terrorisme islamiste en Asie du Sud-Est

19/10/2017 par Charles VAPPEREAU

 

Carte Asie du sud-estL’annonce de la chute de Raqqa, « capitale » syrienne de l’organisation État Islamique, le 17 octobre dernier, confirme le délitement progressif et, semble-t-il, irrémédiable du « Califat » d’Abou Bakr al-Baghdadi. Mais alors que l’emprise territoriale de l’organisation terroriste se réduit comme peau de chagrin, ses leaders ne rendent pas les armes pour autant et continuent d’appeler à la multiplication d’actions meurtrières de par le monde.

Si l’attention médiatique se concentre essentiellement sur la menace qui nous concerne, nous européens occidentaux, il ne faut pas oublier que l’Europe, le Moyen-Orient et l’Afrique ne sont pas les seuls terrains soumis à la prolifération de la terreur djihadiste. Loin de nous et des théâtres traditionnels sur lesquels il sévit, le terrorisme islamiste se répand et fait peser sur des régions entières du globe la menace de son activisme mortifère.

 

Un changement d’allégeance…

 

C’est notamment le cas de l’Asie du Sud-Est où les « filiales » locales de l’État Islamique se sont montrées particulièrement actives depuis 2016.

De fait, la région connaît depuis le début des années 1990 une prolifération de groupes radicaux – notamment Abou Sayyaf, aux Philippines – qui se rallient progressivement à la bannière d’Al-Qaïda et font parler d’eux lors d’actions aussi spectaculaires que meurtrières. On peut notamment citer la prise d’otage de Jolo – qui donnera lieu à la fameuse jurisprudence du même nom – ou encore l’attentat qui avait frappé une discothèque à Bali en 2002, faisant 202 victimes dont de nombreux touristes australiens.

Toutefois, séduits par la puissance affichée par l’État Islamique depuis son avènement, nombre de ces groupes terroristes ont opéré un changement d’allégeance qui les a incités à redynamiser leur activisme.

Plus grand pays musulman au monde, l’Indonésie est en première ligne face à cette nouvelle montée du péril djihadiste, comme en témoigne « l’exportation » de ses terroristes locaux (entre 300 et 600) vers les théâtres irakien et syrien. Si aucun retour de djihadistes – les « revenants » – n’a été officiellement enregistré, les différents attentats qui ont secoué l’archipel depuis le début de l’année, notamment celui qui a frappé une station de bus à Jakarta en mai dernier, montrent que la menace est plus que jamais actuelle.

 

… qui implique une évolution du mode opératoire

 

Toutefois, contrairement à la stratégie promue par Al-Qaïda visant à frapper principalement les intérêts occidentaux (essentiellement les lieux touristiques), les groupes terroristes indonésiens prennent aujourd’hui pour cible des symboles étatiques, tels que les infrastructures et, surtout, les forces de l’ordre. Ce faisant, ils cherchent à discréditer l’État en ébranlant la confiance que ses citoyens ont placée en sa capacité à assurer leur sécurité.

In fine, l’objectif des djihadistes est de créer chaos et confusion ; conditions nécessaires à l’alimentation de foyers insurrectionnels propices à l’édification de nouvelles wilayas (provinces) de l’État Islamique.

Cette dynamique est également à l’œuvre aux Philippines, pays majoritairement catholique, où la ville de Marawi (Sud) a été le théâtre, 5 mois durant, d’affrontements intenses entre les forces armées philippines et une alliance de groupes djihadistes (Maute, Abou Sayyaf et Bangsamoro Islamic Freedom Frighters). Alors que le président Rodrigo Duterte vient d’annoncer la reprise totale de la ville et la mort de « l’émir » du groupe État Islamique en Asie du Sud-Est (Isnilon Hapilon), le bilan des combats fait état de près de 800 morts parmi les djihadistes, l’armée et la population et 300 000 déplacés.

Bien qu’infructueuse, cette tentative de conquête de la plus importante ville musulmane des Philippines fait immanquablement écho à la prise de Mossoul par les djihadistes en juin 2014, qui avait ouvert un mois plus tard la voie à la proclamation de l’État Islamique.

La crise de Marawi démontre ainsi que l’ambition des djihadistes de constituer un nouveau pro-état radical en Asie de Sud-Est est d’autant plus réelle que les jours du « Califat » syro-irakien semblent comptés.

 

À défaut de s’amplifier, la menace persistera

 

Mais au-delà de cette hypothèse catastrophique – qui reste toutefois peu probable au regard des conditions requises pour l’avènement d’un tel scénario –, la préoccupation principale des autorités au niveau régional reste la prolifération des cellules dormantes qui sont prêtes à passer à l’action sur ordres.

Qu’il s’agisse de l’Indonésie, des Philippines, mais aussi de la Malaisie ou encore de la Birmanie, aucun pays de la région n’est épargné par la menace terroriste. En juin dernier, la réunion annuelle du Forum international sur la défense et la sécurité en Asie, organisée à Singapour par l’International Institute for Strategic Studies, a d’ailleurs souligné l’inquiétude des pays d’Asie du Sud-Est quant à l’intensification de la menace. Même l’ultrasécurisée Singapour n’est pas immunisée contre des attaques de plus ou moins grande ampleur.

Si le spectre de la refondation d’un « Califat » en Asie du Sud-Est reste plus qu’hypothétique, nous pourrions assister dans les années à venir à une multiplication des attentats et autres actions d’envergure dans la région. Et face à l’éventualité d’un effondrement total de l’État Islamique, il y a fort à parier qu’Al-Qaïda reviendra sur le devant de la scène. Dès lors, les modes opératoires des terroristes se réadapteront certainement à la stratégie promue par la mouvance d’Ayman al-Zawahiri qui pourra se traduire par un retour à une rhétorique plus « traditionnelle » et des actions anti-occidentales.

 

 

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J’ai fondé HAXXOM pour pouvoir faire les choses autrement, pour apporter de l’innovation et une vision stratégique à la sûreté, un secteur encore obscur pour beaucoup… Je voulais, tout simplement et en toute humilité, participer à lui rendre ses lettres de noblesse afin qu’elle soit génératrice de valeur pour les entreprises.
Jean-Jacques RICHARD, président d’HAXXOM

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